Connu pour ses concerts incendiaires et ses prises de parole propalestiniennes, le trio de rappeurs irlandais de Kneecap revient avec un troisième album coup de poing, Fenian, sorti le 1ᵉʳ mai 2026.
Le groupe porte l’insurrection et la rage jusque dans son nom. « Kneecap » signifie rotule en anglais. Un mot de sinistre mémoire en Irlande du Nord, associé aux tortures visant à briser les genoux des prisonniers. Depuis 2017, les trentenaires issus de la classe ouvrière de Belfast s’attaque frontalement aux figures d’autorité, le gouvernement britannique en tête. Son rap militant poursuit ici sa trajectoire anti-impérialiste en gaélique, la langue comme drapeau.
Avec Fenian, il ravive un terme chargé d’histoire. Et Mogli Bap le revendique sans détour : « Fenian vient de la mythologie celte. C’est le nom qu’on donnait aux guerriers de légende à la fin du XIXᵉ siècle pour caractériser les nationalistes irlandais qui se battaient contre la présence britannique chez nous. Fenian a été transformé en insulte par les Anglais, il est devenu péjoratif dans leur bouche, nous définissant comme barbares, sauvages ou des gens arriérés. Si nous avons repris ce nom pour l’album, c’est pour revendiquer notre identité irlandaise, notre langue gaélique, ça fait partie de notre processus de décolonisation au XXIᵉ siècle. C’est aussi une manière d’être fiers de notre histoire. Et le fait de l’affirmer sur ce disque nous donne plus de confiance comme groupe car on défend notre héritage, celui que les Anglais essayent d’effacer. »
Depuis près de deux ans, Kneecap avance sous haute tension médiatique. Le point de rupture survient en 2025 au festival californien Coachella, où les trois rappeurs dénoncent la politique américaine à Gaza, déclenchant une tempête politique jusqu’au sommet de l’État britannique. S’ensuivent appels acharnés pour les exclure des festivals, polémiques en cascade et vidéos virales liées à un drapeau du Hezbollah brandi sur scène. Résultat: convocation judiciaire en Angleterre pour "infraction terroriste", boycotts, interdictions de séjour à l’étranger, coupes de subventions, notamment pour Rock en Seine en France. L’affaire se termine finalement par un non-lieu. La pression retombe sans pour autant pousser les irlandais à rentrer dans l’ordre sur la question palestinienne. .
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DJ Provi, producteur de Kneecap : « Nous venons d’un pays marqué par l’impérialisme et le colonialisme britannique. Nous savons ce que c’est que la faim, la violence et l’oppression. Aujourd’hui, la situation est similaire en Palestine, que beaucoup décrivent comme la plus grande prison à ciel ouvert du monde. À nos yeux, cette situation est aussi le résultat de décennies d’ingérences qui ont provoqué destruction, souffrance et pertes humaines. Nous savons combien il est difficile pour une population de se reconstruire après de tels drames. Voilà pourquoi nous sommes et serons toujours solidaires des Palestiniens. »
Sur Fenian, ce discours prend corps dans le son. Le morceau Palestine en est l’épicentre, sans doute le plus frontal des 14 titres. Le reste oscille entre électro-abrasive, jungle nerveuse, punk , techno et éclats de trip hop. Un rap en fusion, tendu, qui transforme la colère en manifeste de fierté et la polémique en hymnes d’indépendance sur ce disque protéiforme et impressionnant.
Le troisième projet du trio de rappeurs irlandais s’impose comme une œuvre guerrière. Kneecap y confirme que la musique peut encore faire front face aux systèmes oppressifs.
Kneecap sera en concert le 20 novembre 2026 au Zénith de Paris.
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